« 14 mars 1880 » [source : BnF, Mss, NAF 16401, f. 74], transcr. Blandine Bourdy et Claire Josselin, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12822, page consultée le 26 janvier 2026.
Paris, 14 mars 1880, dimanche matin, 8 h.
Cher bien-aimé, j’espère que ta nuit n’a pas été trop mauvaise malgré les quelques
accès de toux que j’ai entendus à plusieurs reprises. En attendant que tu me dises
toi-même ce que tu penses de ta nuit, je veux croire qu’elle n’a pas été trop mauvaise
pour en faire la joie de ma matinée. Ce n’est que demain que le coiffeur pourra te
couper la barbe et les cheveux, car aujourd’hui il enterre sa femme. Moi-même, je
ne
pourrai pas être coiffée avant ce soir. Le bonhomme du reste n’en paraît pas être
autrement affecté, il a peut-être des raisons pour cela. Cela n’empêche pas le soleil
de rougeoier, et la terre de poudroier, et les arbres de verdoyer1 car il fait un temps exquis encore ce matin. Mme Pencquer
t’envoie un morceau de brochure de vers à toi adressés à l’occasion de ton
dix-huitième anniversaire2, avec une lettre incandescente qui t’obligera
à lui répondre tout de suite.
M. et Mme Lockroy ne déjeunent pas ici ce matin mais ils
dîneront ce soir. Les enfants3 et la gouvernante déjeuneront. Tu serais bien gentil de
leur faire la surprise de déjeuner avec eux ce matin. Mais pour cela, il faut te lever
avant midi. C’est ce que tu ne feras pas probablement, je le crains. C’est aujourd’hui
jour d’argent de bougie et d’huile à lampe. Tâche de ne pas l’oublier pour m’épargner
l’ennui de te le redemander à nouveau, car rien n’est plus maussade pour moi qui
voudrais n’avoir qu’à t’aimer.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 Juliette détourne les paroles de sœur Anne dans La Barbe-Bleue (1697), conte de Charles Perrault : « Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie. ».
2 Le 26 février dernier, c’était le soixante-dix-huitième anniversaire de Victor Hugo. L’erreur de Juliette est-elle volontaire, par plaisanterie ?
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
l’amnistie des Communards est enfin votée, et la fête nationale, fixée le 14 juillet, fonde la République sur la Révolution Française
- AvrilReligion et religions.
- 24 octobreL’Âne.
